Dans la lumière vive du jour au zénith, le soleil irradie chaque pièce de l’appartement.

Juste le temps de se retrouver et je t’ai ramené ici,

à l’abri des regards, en un tout début d’après-midi baigné d’un chaud soleil d’été.

Et c’est directement dans la salle de bains que nous nous dirigeons.

Une douche, le partage de la douche en préliminaires.

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Je découvre, comme tu découvres,

le corps de l’un et l’autre, sous le regard de l’un et l’autre.

Se mettre à nu, de toute sa chair, de toute sa peau.

Sans les caches de la lumière tamisée de la nuit, sans la pénombre qui feutre la rencontre.

Non, là, tout est à vif,

à la lumière crue d’un jour d’été éblouissant.

Son corps, le sien, le mien, et la vie qui a modelé ses étapes,

un parchemin d’un chemin de chair.

L’eau, juste comme une libation, glisse sur la peau.

Puis, sur le lit paré de blanc écru,

presque épuré de cette étendue offerte vierge, naturelle, il vient.

Il se nomme, il s’exécute aussi, comme voyeur.

Il veut tout voir.

Il ne connaît pas, il ne veut aucun détour, il veut voir.

Il veut voir, d’autant plus voir,

à la lumière vive et crue de ce zénith estival le corps de l’autre.

Peu importe cet autre.

Il veut tout voir plus rapidement que ce qui ne se laisse voir et découvrir.

Avide, le regard est avide, presque vorace.

Le combat est lancé. Un jeu de je veux voir,

mais ne te laisserai pas voir,

ni si vite conquérir ce qui ne se conquiert pas mais s’apprivoise.

La caresse, les baisers, le désir.

Loin du combat.

Juste l’instant à conquérir pour le vivre pleinement.

Juste à partager, à apprivoiser, à donner.

Non, rien de  tout cela, rien de ce qui attise et offre, s’offre, se donne.

Où est le sensible, le désir ?

Tout ce que tu veux au travers du combat du voyeur,

tu peux l’avoir, mais pas là !

Pas ainsi, et tellement plus, seulement, simplement.

Enfin, la pénétration,

d’être dans la pénétration,

elle est au moins loin du combat, une évidence,

et la fin d’un jeu qui n’est pas le mien.

Elle au moins, elle est.

Plus rien à donner à voir, juste à vivre, à ressentir, à être.

Et là, qu’il est bon de voir ton regard.

OLIVIER

Le petit Prince d' Antoine de St Exupéry

« - …, dit le Petit Prince ; Je cherche des amis. Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ?

–        C’est une chose trop oubliée, dit le Renard. Ca signifie créer des liens… »

–         ?

–        Bien sûr, dit Renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…

–        Que faut-il faire ? dit le Petit Prince

–        Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près…Mais si tu viens à n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le coeur.  Il faut des rites.

–        Qu’est-ce que c’est un rite ? dit le Petit Prince

–        C’est quelque chose de trop oublié, dit le Renard ? C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours…

–        Adieu, dit le Renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux… C’est le temps que tu as perdu pour… qui fait  … si important.

A bon entendeur le voyeur.

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