Sur la plage, à l’abri du soleil, bercée par les bruits du fleuve, des oiseaux,

des craquements des branches, le corps dans le sable, j’attends.

Oui, j’attends, de ce verbe que je déteste entre tous.

Les livres, les journaux, mes pensées, tout m’absorbent.

Je suis là pour retrouver un homme.

Je lui ai donné ma parole d’être là en ce jour,

entre 16 h 30 et 18 h 30.

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Mais voilà, entre temps, un autre est venu lui aussi au bord du fleuve.

Pourquoi lui et pas cet autre attendu. Tout n’est qu’ironie. 

Je le connais, il a été mon amant.

Et la magie du désir et du plaisir joue de quelques caresses,

de quelques baisers.

Expirer. Résister. Je retiens tous mes sens.

Il s’en va, et je reprends la pose et l’attente.

J’essaie de me laisser absorber par les images, les récits des livres,

mais dès que je regarde les eaux du fleuve, le passage des cygnes,

les vagues en flux et reflux,

le corps s’attise à l’évocation des caresses et des lèvres

de celui qui vient de partir

alors que j’ai rendez-vous avec un autre.

En cet après-midi, j’attends un homme et tout mon corps vibre

sous la seule évocation de la sensualité de cet autre qui est venu au bord du fleuve.

Et toi, tu ne viendras pas ce jour là.

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En moi, la colère gronde, après toi, après moi.

J’ai promis ce rendez-vous.

Je reviendrai attendre, après-demain,

conjuguer encore une fois ce verbe que je déteste tant.

Sur le chemin du retour, je conclue un pacte avec moi-même;

si tu ne viens pas la prochaine fois, je m’offrirai à mon amant. 

Toujours fidèle à la parole donnée,

je retourne le surlendemain pour le second possible rendez-vous.

On est jeudi 16 h 30.

La plage est presque vide.

Je m’installe, me laisse absorber par les images,

les lignes, les bruits, le soleil sur ma peau.

Au bout d’une heure, celui que j’attends encore ne vient toujours pas.

Par contre, l’amant est de retour sur la plage. Je repousse un peu les livres.

Je ne peux retenir un sourire sur mes lèvres.

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Mon bel amant s’approche plus près, toujours plus près.

Je ferme les yeux. Je n’aspire qu’à sa peau,

qu’à laisser mes mains courir sur son torse,

ma bouche humide sur son dos qui s’égare sur son tatouage,

sur l’encre rouge, je ne vois que l’encre rouge.

Je ferme les yeux.

Tout est si léger, si facile aussi.

Je n’aspire qu’à cette simplicité, à ce jeu, au désir, au plaisir, ….

Nous nous écartons, et faisons l’amour sur la petite plage d’à côté.

Ni cycliste, ni promeneur, juste toi et moi.

Juste ce plaisir auquel j’aspirais.

Juste ta peau, tes baisers, ton sexe.

Juste le désir assouvi, la joie de cette paix dans le plaisir.

Etre là, tous les deux, sur la plage, le soleil, le fleuve….

Je te remercie pour cette grâce,

quand voilà qu’il arrive, cet autre que j’attends.

Quelle ironie. Présenter l’un l’autre.

Rester digne, contre toute attente.

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Et le voilà qui repart pour revenir plus tard, après son circuit à vélo.

Tu me laisses avec le bel amant. Ce bel amant qui reste.

Plus de sexe, mais l’échange, le partage avec sensibilité.

Mon corps est encore vibrant

de ses caresses et de ses baisers,

et nous discutons simplement.

A peine es-tu parti, que l’autre revient.

J’ai respecté ma parole, je suis venue au rendez-vous.

Je discute un moment avec lui et le laisse au pont

passant par-dessus le fleuve.

Il est trop tard 

Mon corps, et quelque part mon cœur,

repose encore au creux de l’encre rouge,

sur la peau et l’odeur de mon bel amant.

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