La porte se referma et tous les regards restèrent suspendus,

le silence figea l’instant.

Elle avança, intimidée par ce qui se déroulait.

Le brouhaha reprit.

 Elle tourna le dos à la salle, et demanda deux paquets de cigarette.

 Elle chuchotait alors que les discussions avaient repris.

Elle partit sans regarder une seule fois l’assemblée des hommes

qui s’était tue quelques minutes plutôt, gênée.

        Non pas qu’Elle soit troublée par ce qui se passait.

C’était la gêne mêlée d’incompréhension,

ce silence dès qu’Elle franchissait le seuil,

dès l’entrebâillement de la porte qui la mettait mal à l’aise.

        Elle se sentait si désappointée, immature aussi.

A chaque fois qu’Elle pénétrait dans le bar pour acheter ses cigarettes,

à chaque fois Elle revivait le passage du brouhaha au silence,

 du silence au mouvement,

et s’échappait des lieux aussi vite qu’elle le pouvait.

        Mais lors d’un de ses séjours, alors qu’Elle était au comptoir,

soudain la porte s’ouvrit, le silence se fit.

 Elle se retourna.

 Elle découvrit une femme dans l’encablure de la porte,

rayonnante, affirmée, attirante.

        Elle paya dans le brouhaha de la salle et sortit.

        Une fois dehors, Elle attendit l’inconnue.

Elle ne savait pas comment elle aborderait,

mais Elle savait qu’elle le ferait.

        Quand elle sortit enfin,

Elle vint à elle et lui raconta qu’Elle aussi,

lorsqu’’Elle entrait dans le bar,

 il se passait ce phénomène.

        L’inconnue sourit.

        Elle lui expliqua qu’elle avait pris conscience très tôt

de la disgrâce de son visage,

de ses traits particuliers.

Il était devenu sa toile, sa matière, son miroir.

 

RHONE BRILLANT

 

Qu’elle avait rencontré un homme qui lui avait donné confiance,

ouverte à la séduction.

 Oui, il lui avait fait prendre conscience

de ce pouvoir étrange de fascination

qui émanait d’elle, au-delà d’elle.

        Elle en avait joué des différents effets et reflets.

Et plus d’elle se dégageait de la séduction,

plus la fascination sur l’autre se développait.

Comme si, sa force intérieure créait sur son visage

une beauté de plus en plus attirante.

Le pouvoir de l’attraction.

        Elle, l’écoutait, de tous ses sens,

d’abord rassurée de ne pas être seule

à vivre ce qu’Elle vivait.

Puis, imperceptiblement,

ses sens combinaient grâce aux paroles de l’inconnue,

ce qu’ils avaient déjà ressenti et perçu dans le passé,

tissant un réseau de sensations, de perceptions.

         Une si terrible beauté était en train de naître …

croquis