Je suis une femme, une femme dans la ville.

Entre les deux rangées d’immeubles, entre les deux trottoirs,

dans la ville encore endormie ou déjà bruyante les talons claquent.

Même si je tente de retenir le pas, le son, rien n’y fait,

le bruit claque sur le bitume, la pierre, ….

Le son résonne, réverbère.

Lui, l’homme, il suit le son, il suit aussi le fantasme,

l’imaginaire qui vient se confondre avec le son.

La tête, les épaules, le torse, il se retourne.

Ses yeux ont suivi le désir qui fait alors écho à ses oreilles.

D’abord vers le talon, la chaussure, la cheville,

le mollet et ils remontent le long de la jambe jusqu’à

la cuisse, la jupe.

Je n’existe plus, moi la femme citadine.

Je n’existe plus, seul le son résonne sur les façades,

qui prend même de l’ampleur.

Tac, tac….

Je suis une femme par delà son regard.

Pour lui, je suis n’importe quelle femme.

Seulement la femme, le son féminin.

Et moi, je me suis plus que jamais femme.

Le son de mes propres talons me grise de cette féminité sonore

qui précède le prochain pas. 

Dans le mouvement du déhanchement,

à suivre le balancement de mon corps sur la hauteur du talon,

je prends plaisir à ces regards masculins.

Mouvement du corps, du regard des hommes,

je n’existe qu’en tant que femme, une femme dans la ville.

Une femme qui se sens alors pleine de volupté, de sensualité.

Et le son des talons claque, résonne, réverbère ….

Je joue à être une femme, une femme dans la ville,

pour des hommes, des inconnus.

Printemps